Une image est puissante. Elle peut capturer complètement une situation, un état, nos idées, etc. Elle peut immortaliser nos sentiments, émotions et, on dirait, notre âme. comme Michel Tournier l’explique dans La Goutte d’Or :
« L’image est douée d’une force mauvaise. Elle n’est pas la servante dévouée et fidèle que tu voudrais. Elle prend toutes les apparences d’une servante, oui, mais en vérité elle est sournoise, menteuse et impérieuse. »
Notre image fait ainsi partie de nous et contient notre essence si elle est naturelle. Faire perdurer un instant est, à mon avis, la caractéristique la plus importante de la photographie. C’est ce qui me passionne dans cette pratique.
Je trouve la photographie de rue particulièrement intéressante grâce à la spontanéité et à la quantité presque infinie de situations et compositions possibles. Souvent il est nécessaire de recourir au vol de photos afin de capturer la spontanéité inhérente à l’être humain, bien que cette pratique soit parfois vue comme illégale ou “creepy”.
Pourtant, le vol de photos est une pratique totalement légale et une activité totalement légitime. Elle est légale, d’après ce qui a été abordé précédemment, si l’on respecte la vie privée des personnes. On n’a rien à perdre si elle est réalisée avec mesure, en respectant à l’autre personne et en tenant compte de la situation.
Cependant, la mesure et la prudence sont parfois très difficiles à définir. Elles sont très relatives et doivent être adaptées en fonction de la personne photographiée, de son état d’esprit et de la situation en soi. Un jeune ou une personne âgée seront souvent plus permissifs qu’un adulte énervé. Le photographe doit donc décider quelles sont les situations idéales pour un vol des photos.
Personnellement, je crois que n’importe quelle situation peut être capturée et volée. Mais, il ne faut pas s’immiscer dans la vie ou les activités des autres personnes. Il est nécessaire d’analyser la situation, pratiquer l’empathie et attendre le bon moment pour prendre la photographie. Il est recommandé de garder la distance avec le sujet de la photo.
Par exemple, un jour je voulais prendre en photo à une personne sans domicile fixe. C’était un monsieur qui avait apparemment une trentaine d’années. Il était un peu ivre mais il se reposait assis sur le trottoir. Je composais la photographie quand il s’est aperçu ma présence. Après s’avoir levé, il a couru vers moi en criant et en m’enjoignant violemment de m’éloigner. C’est pourquoi l’analyse de la situation est importante avant la prise d’iamge.
En revanche, la publication des photos est un sujet beaucoup plus délicat. Pour partager les photographies avec notre entourage ou pour faire des expositions photographiques, il se peut qu’une autorisation de la personne ne soit pas nécessaire. Pour autant, publier des photos dans un réseau social ou les vendre à un tiers requiert impérativement l’autorisation de la personne. Ceci afin d’éviter des sanctions pénales. Cette autorisation peut être demandée oralement après avoir capturé l’image. Il se peut que la personne veuille aussi une copie de la photographie.